Le Zimbabwe secoué par des manifestations contre la hausse du prix de l’essence

FILE PHOTO: Motorists queue to buy petrol in Harare, Zimbabwe, January 10, 2019. REUTERS/Philimon Bulawayo/File Photo - RC14EDD4F850

Au bord du gouffre financier, le pays souffre d’une pénurie de carburants à l’origine d’interminables queues d’automobilistes devant les stations-service.

Des manifestations ont éclaté, lundi 14 janvier, dans les deux principales villes du Zimbabwe, Harare (la capitale) et Bulawayo (sud), pour protester contre la forte hausse des prix de l’essence décrétée par le gouvernement sur fond de grave crise économique. Le président Emmerson Mnangagwa a annoncé samedi soir le doublement des prix des carburants pour tenter d’enrayer la plus grave pénurie de pétrole dans le pays depuis dix ans. Cette mesure a suscité de vives protestations dans tout le pays et la principale centrale syndicale du pays appelé la population à une grève de trois jours.

« A partir de minuit [samedi], le prix du diesel à la pompe est fixé à 3,11 dollars américains le litre et celui de l’essence à 3,31 dollars », a annoncé samedi soir Emmerson Mnangagwa à la télévision nationale. Avant cette hausse, les tarifs étaient de respectivement 1,36 dollar pour le litre de diesel et 1,24 dollar le litre d’essence. Cette mesure vise à remédier à « la pénurie persistante de carburant due à la hausse de la consommation dans l’économie et aux activités illégales liées aux taux de change et au commerce [de pétrole] », a expliqué le chef de l’Etat.

Dissuader toute spéculation

Au bord du gouffre financier, le Zimbabwe souffre depuis des semaines d’une pénurie de carburants, à l’origine d’interminables queues d’automobilistes devant les stations-service du pays. Le ministre des finances, Mtuli Ncube, a expliqué cette semaine que les prix du pétrole dans son pays étaient inférieurs à ceux pratiqués dans les pays alentour. Des étrangers en profitent pour en acheter au Zimbabwe et le revendre à l’étranger, a-t-il dit, d’où les récentes pénuries dans le pays.

Cette situation s’explique par la dépréciation du « bond note »zimbabwéen, une sorte de monnaie sous forme d’obligation introduite en 2016 pour pallier la fuite des dollars américains. A l’origine identique à celle du billet vert, la valeur du « bond note » a vite dégringolé, faute de la confiance des opérateurs économiques. Au marché noir, il s’échange actuellement à un taux d’environ trois pour un dollar. La hausse des prix du carburant vise donc à aligner le prix officiel du carburant sur ceux pratiqués au marché noir, afin de dissuader toute spéculation.

Pour éviter que cette forte augmentation n’affecte trop l’économie, M. Mnangagwa a annoncé « un rabais » prochain aux entreprises, ainsi que des dispositions pour assurer « l’approvisionnement constant du pays » en pétrole. Lors de son allocution, le chef de l’Etat a aussi annoncé la mise en place d’un « paquet de mesures destinées à amortir [les effets de la dépréciation des « bond notes »] pour les fonctionnaires ». Après les enseignants et les médecins, ceux-ci menacent de se mettre en grève pour obtenir le versement de leurs salaires en dollars américains et non plus en « bond notes ».

Barricades de pierres et de pneus

Pour protester contre la hausse du prix des carburants, des barricades ont été érigées lundi matin dans plusieurs quartiers de Harare, ont rapporté des témoins à l’AFP. « C’est très tendu depuis ce matin » dans le quartier d’Epworth, a déclaré un de ses habitants, Nhamo Tembo : « Les routes sont barrées par de grosses pierres et des gens en colère empêchent les bus de passer. Les gens sont coincés. »

A Bulawayo, des manifestants bloquaient également la circulation vers le centre-ville avec des barrages de pierres et de pneus enflammés, a constaté un journaliste de l’AFP. « Nous voulons faire savoir à Mnangagwa que nous sommes mécontents de ses échecs, a expliqué Mthandazo Moyo, 22 ans. Mugabe était mauvais, mais au moins il écoutait. »

L’économie du Zimbabwe est sortie exsangue du règne autoritaire de trente-sept ans de Robert Mugabe, contraint à la démission fin 2017 par un coup de force de l’armée. Son successeur, Emmerson Mnangagwa, promet depuis de relancer l’économie, jusque-là sans résultat. Confronté à cette agitation sociale, le gouvernement a dénoncé lundi un « plan délibéré visant à saper l’ordre constitutionnel » et assuré qu’il « répondra de façon appropriée […] à ceux qui conspirent pour saboter la paix ».

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Author: erica

admin

Par
Le Monde avec AFP

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