À cause de la pandémie, la menace de la mafia plane sur l’Europe

Une des “voiles” de Scampia, à Naples, en passe d’être démolie. Ces bâtiments sont considérés comme un symbole de l’emprise de la Camorra sur la ville. Photo prise le 20 février 2020. PHOTO / Ciro De Luca / REUTERS.
Une des “voiles” de Scampia, à Naples, en passe d’être démolie. Ces bâtiments sont considérés comme un symbole de l’emprise de la Camorra sur la ville. 

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Pour bon nombre de PME, avec la crise économique provoquée par le coronavirus, le besoin de liquidités est pressant. Dans ce contexte, les mafias se proposent de prêter des capitaux aux entrepreneurs en difficulté. Un problème qui concerne l’ensemble de l’Europe et non seulement l’Italie, prévient l’écrivain Roberto Saviano.

L’urgence est la meilleure alliée des activités qui ont besoin de célérité et d’ombre pour prospérer, et l’Europe n’a aucun plan pour stopper les opérations de blanchiment d’argent et le boom des prêts usuraires suscités par la pandémie.

Les mafias profitent de la crise pour faire circuler leurs capitaux plus rapidement. Les contrôles ont diminué. Vérité non reconnue, la lutte contre le blanchiment peut fonctionner dans un contexte économique positif et sain, mais quand les liquidités manquent, quand la consommation entre dans une spirale sans fin de crise, l’argent sert à tous, quelle que soit son origine. Quand le pain vient à manquer, on ne demande pas de quel four il sort, légal ou illégal. C’est là une règle antique et bien connue des mafias.

Penser que les organisations criminelles constituent un problème seulement italien équivaut à penser qu’un virus peut être un phénomène local et rester sans bouger au même endroit, comme emprisonné dans sa bulle. Ce qui se passe en ces heures avec l’argent du crime me rappelle les jours où les gestes de solidarité en provenance de plusieurs pays, des États-Unis à l’Allemagne, se multipliaient pour aider l’Italie à lutter contre le Covid-19, comme s’il s’agissait d’un problème purement italien, fruit d’un mélange de mauvaise gestion, de malchance, de prédisposition génétique et d’un état général de sous-développement du pays. Or quelques petites semaines plus tard, le virus était partout. Il en va de même de l’argent sale. On considère que c’est un problème propre aux économies fragiles, quelque chose qui se cantonne au sud de l’Italie et à l’est de l’Europe. Il n’y a rien de plus faux.

Cela fait des années que les organisations criminelles sont bien insérées dans tout le tissu économique européen et, aujourd’hui, elles n’entendent pas laisser passer l’occasion en or créée par celle qu’on peut appeler la “Covid economy”. La Covid economy, c’est l’économie générée par la pandémie. Une chance énorme pour quelques-uns, un désastre pour tous. L’économie réelle et Wall Street sont de plus en plus éloignés l’une de l’autre. Les géants du web se développent de façon exponentielle ; Amazon affiche une croissance de 80 %, Apple de 60 %. Plus l’économie réelle va mal, plus Wall Street se porte bien. Mais l’économie réelle faite de magasins, de petites entreprises, d’hôtels et de restaurants, de transports, de cafés, etc., que devient-elle ? Elle est livrée en pâture aux mafias.

Et l’Europe, dans tout cela, se demande-t-elle comment elle va défendre son économie réelle ? Non. Qui va remettre sur pied les hôtels de la Côte d’Azur et de la Costa

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