tage est moins nocif: la nicotine reste, mais les substances cancérigènes présentes dans les cigarettes ne sont plus inhalées.

« Même s’il est difficile de quantifier précisément la toxicité à long terme de la cigarette électronique, celle-ci est à l’évidence infiniment moindre que celle de la cigarette traditionnelle », concluait en 2015 l’Académie de médecine française.

L’OMS se montre plus prudente, prenant pour référence son rapport datant de 2014: « les SEAN (système électroniques d’administration de nicotine) sont probablement moins toxiques que les cigarettes mais il n’y a pas assez de preuves pour quantifier le niveau précis de risque », estime l’organisme international.

Dans tous les cas, « les SEAN sont incontestablement nocifs et devront donc être régulés ».

L’inquiétude vis-à-vis de ces produits concerne aussi leur adoption par des non-fumeurs, notamment les adolescents, cible du marketing de nombreuses marques. Plusieurs études montrent que les jeunes non-fumeurs qui se mettent au vapotage sont plus susceptibles de se mettre ensuite à fumer.

Autre point de discorde: ces dispositifs aident-ils vraiment à arrêter le tabac?

Une étude britannique publiée en février dans le New England Journal of Medicine a observé que les e-cigarettes étaient plus efficaces que les patchs, gommes et autres produits de substitution.

Mais on n’a pas encore assez de preuves, selon l’OMS, qui cite trois synthèses de 2016 et 2017. La possibilité que les vapoteuses jouent un rôle dans l’aide au sevrage tabagique « n’est pas claire » et diffère probablement selon les types d’ e-cigarette, conclut l’organisme.

– L’OMS a-t-elle raison d’être aussi méfiante?

Pour toutes ces raisons, l’OMS ne fait pas figurer ce dispositif parmi l’arsenal recommandé pour arrêter le tabac et juge qu’il ne doit pas être promu comme tel tant qu’on ne dispose pas de plus de données.

Cette position fait bondir les fabricants de e-cigarettes, qui parlent de « désinformation », mais aussi certains spécialistes de la lutte contre le tabac, qui défendent l’efficacité de la cigarette électronique.

« Certains fumeurs n’aiment pas les patchs ou les gommes. Offrir une gamme d’outils étendue augmente le nombre de fumeurs qui trouvent la méthode qui va les aider à arrêter », fait valoir Gérard Dubois, professeur de santé publique à l’origine du rapport de l’Académie de médecine.

« Ce n’est pas un outil magique en terme de sevrage du tabac », note toutefois le Pr Josseran, comprenant la prudence de l’OMS.

Selon Santé publique France, près de la moitié des vapoteurs français en 2017 continuaient à fumer des cigarettes, tous les jours (40%) ou occasionnellement, une proportion toutefois en nette baisse par rapport à 2017.

Or « le risque pour la santé n’est pas lié au nombre de cigarettes fumées mais à la durée du tabagisme », rappelle le Pr Josseran, pour lequel il ne faut pas « entretenir les gens dans une fausse idée de réduction des risques ».

Le ministère de la Santé français, qui a fait de la lutte contre le tabac une priorité, s’est toujours montré prudent sur la question, attribuant plutôt la récente baisse du nombre de fumeurs à l’augmentation des prix, au remboursement des patchs et gommes et à l’opération Mois sans tabac.