lun. Sep 23rd, 2019

Terres agricoles : La chine a-t-elle fait main basse sur le Cameroun ?

Des chiffres de la présence chinoise dans notre pays font à nouveau débat.

La Chine accueille 20 % de la population mondiale, mais ne dispose que de 9 % des surfaces agricoles et 6 % des réserves en eau douce de la planète. Le pays-continent est donc fréquemment soupçonné de vélléité d’arraisonnement d’espaces agricoles pour espérer nourrir sa population. La dernière salve qui suscite la controverse vient du China Africa Research Ininitative (CARI), une organisation rattachée à la faculté des études internationales de l’université américaine John Hopkins. Les données publiées par cette dernière place le Cameroun comme étant premier sans second véritable, des pays où la Chine a le plus investi sur les terres agricoles en Afrique.Une fois encore certains camerounais interprètent cette présence massive comme une braderie qui vient en contrepartie des « aides » que la Chine a accordées au Cameroun.

Mais selon le CARI, cette position résulte simplement de l’acquisition par le groupe chinois GMG Global, basé à Singapour, et le conglomérat Sinochem basé en Chine, de la société camerounaise de production d’hévéas HEVECAM. Cette dernière n’est pas propriétaire, mais détentrice d’une concession foncière de très long terme. Une part non négligeable de 10 000 hectares est aussi concédée à une société rizicole dans le centre du pays. L’info claire et nette. Mais dans l’esprit de plusieurs personnes, des concessions à près de 99 ans dans un pays où l’espérance de vie est autour de 50 ans pose avec acuité le problème de l’alimentation des générations futures surtout quand on considère que le Cameroun reste un importateur net de nourriture. Ces vues restent toutefois à relativiser. Dans un ouvrage paru en 2015 et intitulé, Will Africa feed China, (L’Afrique va-t-elle nourrir la Chine ?), le professeur Deborah Brautigam de l’université Johns Hopkins de Washington, démonte ainsi pièce par pièce les mythes et les fausses informations autour de la supposée razzia chinoise sur les terres africaines .

« L’Afrique devrait nourrir un pays comme la Chine »

 

« Certains journalistes pensent que le fait de raconter que les Chinois achètent à tour de bras des terres en Afrique est une histoire excitante, et l’on trouve toujours des analystes pour confirmer ce type d’informations sans aucune vérification sur le terrain. Ces informations sont évidemment reprises par la presse internationale qui aime critiquer la Chine », explique-t-elle. Le site des camerounais de Belgique. « Nous avons vérifié pour ce livre toutes les informations sur le sujet point par point en Afrique et en Chine. Nous avons trouvé en fait très peu de terrains acquis par la Chine et les investissements concernent surtout l’agro-industrie plus que les cultures vivrières. Il ne s’agit pas de nourriture, et en fait c’est plutôt la Chine qui nourrit l’Afrique. Les sociétés chinoises qui investissent en Afrique le font pour le marché local ».

Selon la Banque mondiale, l’Afrique a dépensé plus de 50 milliards de dollars en 2012 pour importer riz, céréales, et autres produits alimentaires. « C’est la raison pour laquelle, je pense que contrairement aux idées reçues, l’Afrique devrait nourrir un pays comme la Chine, précise le professeur Brautigam. Les 10 000 hectares de terres cultivées au Cameroun par une entreprise chinoise servent en fait à nourrir les Camerounais. Pourtant, ce serait une opportunité de croissance du commerce local si le Cameroun parvenait à exporter cette production ».

La Chine en 19e position !

De fait, 65 % des terres achetées par les sociétés étrangères sont plutôt exploitées pour produire du biocarburant. Jatropha, colza ou soja servent à produire de l’éthanol. Depuis l’an 2000, 5 % de l’espace africain cultivable a ainsi été concédé à des investisseurs étrangers. C’est le cas notamment en Afrique de l’Est (Tanzanie, Soudan, Mozambique) et centrale (RDC, Cameroun), mais aussi à l’Ouest (Sierra Leone, Nigeria, Mali, Sénégal). Depuis 2010, un total de 56 millions d’hectares a été vendu en Afrique à des entreprises étrangères, soit l’équivalent de la superficie du Kenya. Mais les Chinois sont loin d’être les plus gourmands. Selon le « länder matrice » de 2013, les dix plus importants acteurs des acquisitions foncières en Afrique sont les Emirats arabes unis (1,9 million d’hectares), l’Inde (1,8 million d’hectares), le Royaume-Uni (1,5), les USA (1,4), l’Afrique du Sud (1,3), l’Italie (0,6), l’Allemagne (0,5), le Soudan (0,5), l’Éthiopie (0,4) et le Portugal (0,4). La Chine n’arrive qu’en 19e position avec 0,16 million d’hectares !

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Author: erica

admin

Par
Camer.be

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