lun. Sep 23rd, 2019

Au Cameroun, l’opposant Maurice Kamto et ses proches devant la justice militaire

Maurice Kamto et ses coaccusés

Arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle, l’ancien ministre est notamment poursuivi pour « insurrection » et « hostilité contre la patrie ». Il risque la peine de mort.

De quoi devront réellement répondre Maurice Kamto et la centaine de coaccusés qui doivent être jugés à partir du vendredi 6 septembre devant un tribunal militaire de Yaoundé ? De l’organisation de marches interdites au Cameroun et du saccage des ambassades à Paris et Berlin, comme le stipule l’ordonnance de renvoi ? Ou, plus prosaïquement, du refus d’admettre le maintien au pouvoir de Paul Biya après le scrutin d’octobre 2018, comme l’analysent nombre d’observateurs ?

Ancien ministre délégué à la justice de son pays, avocat inscrit au barreau de Paris et candidat à la dernière présidentielle (il est arrivé deuxième, avec officiellement 14,23 % des suffrages), Maurice Kamto, 65 ans, n’a en apparence rien d’un opposant radical ni d’un boutefeu susceptible d’enflammer les foules. Son crime le plus grave semble être d’avoir qualifié avec son parti, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), la réélection de l’inamovible M. Biya de « hold-up électoral » et de l’avoir contestée dans les rues.

Son arrestation à Douala, la capitale économique, ainsi que celle de plus de 150 de ses militants et alliés, parmi lesquels l’avocate Michelle Ndoki, l’ancien conseiller à la présidence Christian Penda Ekoka et le rappeur Valsero, était intervenue le 28 janvier. Deux jours plus tôt, le MRC avait organisé une marche interdite par les autorités ; et des membres de la diaspora, regroupés au sein d’un mouvement hostile au pouvoir, avaient envahi et dégradé les ambassades en France et en Allemagne.

Pressions diplomatiques

Transférés à Yaoundé, où, depuis, ils ont été placés en détention, Maurice Kamto et les siens sont notamment accusés d’« insurrection », d’« hostilité contre la patrie », de « rébellion » et d’« outrage au président de la République ». Ils encourent la peine de mort, même si cette sentence n’est plus appliquée au Cameroun. « C’est un procès banal, un non-événement. Des bandits seront jugés devant la justice militaire car les délits commis relèvent de sa compétence », minimise une source haut placée à la présidence, agacée par les dénonciations de justice instrumentalisée à des fins politiques et par la mobilisation internationale qui s’organise en faveur de ces opposants.

« Nous faisons pression fortement sur le président Biya pour qu’il puisse agir et élargir ces prisonniers », a déclaré mardi le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. En mars, à quelques jours de rencontrer le président Biya, le sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Nagy, avait pour sa part estimé : « Que ce soit vrai ou faux, il [M. Kamto] est perçu comme ayant été incarcéré pour ses activités politiques. » La diplomatie européenne avait considéré en écho que « l’arrestation et la détention prolongée de plusieurs dirigeants d’un parti de l’opposition, dont son leader Maurice Kamto, et d’un nombre important de manifestants et de sympathisants, ainsi que l’ouverture de procédures disproportionnées à leur encontre devant la justice militaire, accroissent le malaise politique au Cameroun ».

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Author: Gaelle MAMBOU

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