Iran : pourquoi Trump s’est trompé en éliminant le général Soleimani

Les Américains l’ont tué ce 3 janvier, mais sa mort ne changera en rien la ligne iranienne.

À Rabor, village natal du héros national, dans le sud de l’Iran, restaurants, commerces et banques ont tiré les rideaux en signe de deuil. Des portraits de Qassem Soleimani fleurissent sur toutes les devantures.

« Mon fils m’a appelé à 6 heures du matin en pleurant. Quand j’ai demandé ce qu’il se passait, il m’a répondu que Qassem Soleimani s’en était allé. Quelque chose est mort en moi depuis. J’ai deux fils, mais le jure devant Dieu que j’aurais préféré les perdre tous les deux, plutôt que Qassem… » Asad Esmaeili, 52 ans, est un ancien compagnon de l’emblématique général iranien, tué par un drone américain, ce 3 janvier.

Alliance avortée avec les États-Unis

Durant plusieurs années, les deux hommes avaient combattu ensemble lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988). Une fois la guerre finie, Qassem Soleimani, issu d’une famille pauvre et rurale, gravit les échelons au sein des Gardiens de la révolution. Perçu comme courageux et fin stratège, il est nommé en 1998 à la tête de l’unité d’élite et d’intervention extérieure, la Force al-Qods.

Après les attentats du 11 septembre 2001, il se place sur le devant la scène et propose aux États-Unis une alliance pour débarrasser l’Afghanistan des Talibans. Mais le fameux discours de George Bush, en janvier 2002, qualifiant l’Iran « d’axe du mal », annule toute coopération. Après la chute de Saddam Hussein, les Américains le consultent encore au sujet des candidats chiites potentiels à la formation d’un nouveau gouvernement irakien. En parallèle, Qassem Soleimani fomente la création de milices armées irakiennes acquises à Téhéran. Leur mission : combattre en sous-main la présence américaine et s’assurer de l’hégémonie chiite en Irak.

Ce sont ces milices qui, à l’été 2014, sont envoyées sur le front pour combattre l’organisation État islamique, alors que le gouvernement irakien, à la dérive, ne peut compter ni sur les États-Unis ni sur l’Europe. « Le gouvernement irakien a appelé les puissances occidentales, mais personne n’a voulu bouger, rappelle Thierry Coville, chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Les seuls à l’avoir soutenu sont les Iraniens, par le biais de Soleimani. »‘

Une stature « au-delà du cadre militaire »‘

Le général accroît sa popularité et sa légende en repoussant Daech hors des frontières iraniennes. « C’est la première fois qu’en dehors du guide suprême et de l’ayatollah Khomeiny, un personnage militaire en Iran acquiert une telle stature », poursuit le chercheur.

Les printemps arabes de 2011 affaiblissent certains régimes arabes. Soleimani en profite pour exporter la révolution iranienne chiite. Il commence par la Syrie, en 2012. Téhéran l’expédie à Moscou organiser avec Vladimir Poutine la sauvegarde du régime de Bachar al-Assad. « Il avait un rôle politique qui allait bien au-delà du cadre militaire »‘, commente Thierry Coville.

« En 2013, il aide le régime syrien à organiser ses milices. Aujourd’hui encore, celles-ci participent aux offensives du régime. Soleimani a aussi contribué à la création de Liwa Fatemiyoun. Pilotée par la force al-Qods, cette unité, de la taille d’une division, a engagé des milliers d’hommes en Syrie. Elle est toujours présente dans l’Est du pays, près de la frontière irakienne. En aidant le régime syrien, Téhéran a créé un corridor terrestre qui, à travers l’Irak, rejoint la Syrie et de là le Liban' », explique Matteo Puxton, analyste des conflits syrien et irakien, et spécialiste de la propagande militaire de l’EI.

Sa notoriété a joué contre Washington

Grand artisan de la création d’un croissant chiite en orient, avec un accès à la Méditerranée en Syrie et au Liban, le général Soleimani devient alors une menace pour les États-Unis. Ses bras armés en Irak tuent un employé américain le 27 décembre. Washington réplique le 29 décembre par le bombardement de positions irakiennes acquises à Téhéran. L’attaque de l’ambassade américaine à Bagdad entraîne sa perte. Il meurt à 62 ans dans l’attaque américaine du 3 janvier. 

Mais Washington s’est trompé, juge Thierry Coville. « La notoriété de Soleimani a joué contre lui, analyse-t-il. Les Américains ont cru qu’en le ciblant, l’Iran mettrait fin à sa politique extérieure offensive, alors qu’il n’est qu’un produit du système. »

Matteo Puxton est du même avis : « Sa mort ne change rien à la stratégie régionale de l’Iran. Téhéran n’a d’ailleurs pas tardé à lui trouver un successeur : le général Esmail Qaani. En revanche, l’Iran ne pourra pas se permettre de laisser sa mort sans réponse. »

richard fopa
Author: richard fopa

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