dim. Jan 26th, 2020

« Airbnb profite de la lenteur des instances de régulation »

Les sociologues Ivaylo Petev et Sander Wagner proposent, dans une tribune au « Monde », un meilleur encadrement des activités de la plate-forme de location touristique pour en limiter les dérives.

Tribune. Le succès d’Airbnb repose principalement sur les facilités financières et pratiques que la plate-forme offre à des particuliers pour établir des transactions de pair à pair, de manière autonome. Si la prolifération du service a élargi et diversifié l’offre d’hébergement touristique, elle comporte des risques que seule une régulation adaptée permettrait de limiter.

Airbnb revendique son appartenance à l’économie du partage afin de valoriser sa contribution à la communauté en renforçant les liens entre particuliers. Mais la réalité est souvent autre. Les colocations sont rares (13 % à Paris, 22 % à Lyon et 24 % à Bordeaux) ; ce sont plutôt les logements entiers qui sont mis à disposition moyennant de brefs échanges virtuels et de visu, que l’entreprise réglemente étroitement afin de maîtriser les transactions sur lesquelles elle prélève un pourcentage conséquent. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Immobilier : comment Airbnb cannibalise le logement dans les grandes villes

A l’évidence, les locataires valorisent moins le partage que l’accès à l’offre ,qu’Airbnb leur procure de façon efficace, avec une garantie de qualité et de service à moindre prix que l’hôtellerie traditionnelle. Du côté des hôtes, l’activité est quasi professionnelle. Les logements s’affichent disponibles à la location pour une moyenne de 85 jours par an à Paris, 81 jours à Lyon et 111 jours à Bordeaux, pour un taux d’occupation de respectivement 92, 54 et 74 jours. Cela représente un parc immobilier conséquent. Paris, avec plus de 60 000 logements, est le plus grand marché d’Airbnb dans le monde. Six fois moindre en taille, les stocks lyonnais et bordelais restent proportionnellement importants.

Opération de « testing »

Satisfaisant essentiellement une demande de locataires de passage, cette économie profite aux commerces, mais l’affluence touristique puise aussi dans des ressources publiques (places de parking, moyens de transport, infrastructures culturelles et administratives) souvent saturées en centre-ville, et inadaptées ailleurs. Surtout, le transfert de logements vers le marché touristique réduit d’autant l’offre de longue durée et en augmente les prix. Sur le marché américain, chaque fois que l’offre d’Airbnb croît de 10 %, les prix du marché locatif augmentent de 1 % (« The Effect of Home-Sharing on House Prices and Rents : Evidence from Airbnb », de Kyle Barron, Edward Kung et Davide Proserpio, mars 2018). Or l’offre d’Airbnb à Paris, elle, a crû de 124 % entre mai 2015 et novembre 2019…

Les récents efforts pour réglementer ce marché, en limitant à 120 jours la location de la résidence principale dans les grandes villes françaises, visent à en maîtriser la croissance. Mais ils n’atténuent pas la concentration des locations saisonnières dans les quartiers touristiques dont les infrastructures sont déjà saturées, ni ne préviennent la transformation d’immeubles de résidence en lieux de passage fréquent, dont l’amortissement et les inconvénients associés touchent le voisinage immédiat sans que celui-ci ait un quelconque recours possible.

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richard fopa
Author: richard fopa

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