Le capitalisme en pleine introspection

Alors que la revue de politique étrangère « Foreign Affairs » interroge les « défaillances » du système, une tendance plus globale à la réflexion sur les effets négatifs de la course au profit se fait jour, même parmi certains de ses éminents défenseurs.

Les vertus du capitalisme seraient-elles moins nombreuses qu’on ne le dit ? On pourrait le croire tant les interrogations sur les ratés du système se multiplient. Le quotidien de la City, le Financial Times, a ainsi appelé, en octobre 2019, à un « reset » du capitalisme, une mise à jour, afin de dépasser la course aux bénéfices ; il mène depuis lors une vaste réflexion sur le sujet par le biais d’enquêtes et d’articles d’opinions. De son côté, la Business Roundtable, qui rassemble des PDG des plus grands groupes américains, a, en août, plaidé en faveur d’une meilleure prise en compte de la responsabilité sociale de l’entreprise : dans la mise à jour de sa déclaration sur l’objet des sociétés, elle suggérait aux patrons de ne pas penser qu’aux actionnaires… Même la chambre de commerce américaine affirmait récemment que l’empathie était au cœur de l’économie de marché.

Ces interrogations sont aujourd’hui au cœur du numéro de janvier-février de la revue bimestrielle de politique étrangère américaine Foreign Affairs. Dans un dossier qui regroupe plusieurs articles consacrés à « l’avenir du capitalisme », son rédacteur en chef, Gideon Rose, constate que le système donne l’impression de ne fonctionner que pour ceux qui sont au sommet, ce qui entame sa légitimité démocratique. Il est donc temps, selon lui, d’en sonder les « défaillances » car le « résultat n’est pas toujours joli ». Article réservé à nos abonnés Lire aussi Sous le feu des critiques, les patrons américains remettent en avant leur responsabilité sociale

Parmi les auteurs sollicités pour l’occasion, on compte certains des économistes français remarqués aux Etats-Unis. L’un d’entre eux, Gabriel Zucman, cosigne avec Joseph Stiglitz et Todd Tucker un article qui vante les mérites de l’impôt, seul remède capable selon eux de sauver le capitalisme. « Pour survivre, le marché a besoin du soutien d’un Etat fort et fonctionnel », écrivent-ils. Pour que l’administration joue son rôle, une chose est en effet essentielle : elle doit disposer de revenus. Le rappel de ces évidences est devenu nécessaire car on a, selon ces économistes, choisi de les oublier : la course effrénée à la compétitivité a été aggravée par la conviction que l’optimisation et la fraude fiscale étaient une fatalité. Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’incroyable succès des économistes français aux Etats-Unis

Esther Duflo et son époux Abhijit V. Banerjee, qui ont reçu, avec Michael Kremer, le prix Nobel d’économie en octobre 2019, reviennent pour leur part sur le combat contre l’indigence. Ils se réjouissent que la croissance accélérée dans certaines parties du monde ait permis un recul sans précédent de l’extrême pauvreté, mais ce cycle se termine. Dans un monde qui ne parvient pas à identifier les ingrédients exacts de la croissance, les deux auteurs plaident en faveur de l’investissement dans la santé et l’éducation. Selon eux, ce type de dépenses stimulera l’économie et aura un effet direct et bénéfique sur l’amélioration de la qualité de vie des plus pauvres. Au-delà de ces contributions à coloration française, d’autres auteurs reconnus participent à ce numéro, dont l’économiste serbe Branko Milanovic.

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richard fopa
Author: richard fopa

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