Les premiers pas d’un Internet quantique

L’ordinateur n’est pas la seule révolution promise par la physique de l’infiniment petit. Un Internet dont la sécurité des échanges s’appuierait sur des propriétés de photons commence aussi à sortir des labos. Le point sur une technologie « disruptive ».

Comme un clin d’œil de l’histoire. Dans les sous-sols d’un hôtel particulier parisien, dont la construction a enjambé la Révolution française, une petite communauté s’agite pour bâtir une autre révolution. Celle-ci sera technologique et reposera sur la physique quantique.

Quantique ? Le mot encore mal connu a commencé à percer dans le grand public. Surtout depuis qu’une entreprise du numérique archicélèbre, Google, a prétendu fin octobre avoir battu un ordinateur classique avec une machine d’un nouveau genre s’appuyant sur les principes de la physique quantique, cette théorie qui décrit le monde des particules.

Cependant, le 5 novembre, la quarantaine de personnes, dont une dizaine de femmes, massées pour deux jours dans les caves de l’hôtel Bourrienne, dans le 10e arrondissement, en tee-shirt jaune, ne veulent pas révolutionner le calcul mais les communications. Ou, plus directement, contribuer à l’émergence d’un Internet quantique.

« Vous êtes là pour imaginer les premières applications qui utiliseront la physique quantique pour sécuriser les communications », rappelle Pierre-Emmanuel Emeriau, doctorant au laboratoire d’informatique LIP6 à Sorbonne Université. Il est aussi l’un des jeunes coorganisateurs de ce premier événement paneuropéen sous forme de hackathon, un exercice de travail collectif inspiré de l’informatique conventionnelle. Cinq autres villes y participent, Sarajevo, Padoue (Italie), Genève (Suisse), Dublin et Delft (Pays-Bas).

« Zoo des protocoles »

La mission de la centaine de volontaires est, plus concrètement, de programmer et de simuler des protocoles pour communiquer grâce aux diverses particularités quantiques, comme – en caricaturant – pouvoir être dans deux états à la fois, se téléporter ou changer instantanément d’état. Ces étranges propriétés permettent d’échanger des clés de chiffrement entre deux points, d’anonymiser des transmissions, de certifier des identités, voire de payer en ligne avec des chèques ou des cartes bancaires quantiques…

Détail d’un piège à atome chargé, porteur d’une information que les chercheurs de l’université d’Innsbruck (Autriche) essaient de transférer sur un photon afin de l’envoyer dans des fibres optiques.
Détail d’un piège à atome chargé, porteur d’une information que les chercheurs de l’université d’Innsbruck (Autriche) essaient de transférer sur un photon afin de l’envoyer dans des fibres optiques. ROBBIE SHONE

« La sécurité ne veut pas dire seulement des systèmes incassables. On peut penser à des techniques plus efficaces, plus rapides, moins chères, plus adaptées », prévient Elham Kashefi, directrice de recherche CNRS au LIP6 et professeure à l’université d’Edimbourg. Elle-même a imaginé, dès 2009, une manière d’effectuer des calculs « aveugles » sur un ordinateur quantique distant, de telle sorte que le propriétaire de cette machine ne puisse pas extraire d’informations sur ce que le demandeur du calcul est en train de faire.

richard fopa
Author: richard fopa

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