2 à 6 jours pour 5 km : au Nigeria les embouteillages pour accéder aux ports plombent l’économie

Le phénomène, récurrent depuis les années 70, provoque un manque à gagner considérable pour l’ensemble de l’économie du Nigeria. La congestion des routes conduisant vers les principaux ports compromet la bonne marche des activités économiques.

Malgré son potentiel économique et la taille de sa population, le Nigeria reste mal loti dans le domaine routier.  Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le réseau routier s’étendait en 2017, sur environ 195 200 km soit quatre fois moins que l’Afrique du Sud (750 000 km) qui dispose de moins du tiers de sa population. En outre, les marchandises sont transportées en majorité par voie routière, à l’exception du pétrole et du gaz qui utilisent les oléoducs et gazoducs.

Le réseau routier s’étendait en 2017, sur environ 195 200 km soit quatre fois moins que l’Afrique du Sud.

D’après les estimations, le transport routier représente plus de 80% du transport de passagers et de fret dans le pays. Cette forte sollicitation du réseau routier et la surcharge fréquente des véhicules transportant des passagers et des marchandises ont eu pour principale conséquence la dégradation de la moitié des axes routiers.

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A Lagos, les accès saturés de la ville provoquent des kilomètres de bouchons…

Avec la population urbaine la plus importante d’Afrique (22 millions de personnes), Lagos est la zone la plus touchée par cette situation. Située au bord de l’océan Atlantique, la ville lagunaire est connue pour ses énormes embouteillages. Les accès saturés de la ville provoquent des kilomètres de bouchons et entraînent des heures d’attente pour les biens et les personnes. Si les différents axes de la ville sont sujets aux embouteillages, ceux affectant les voies d’accès portuaires sont les plus critiques. Captant la moitié du commerce portuaire, les ports d’Apapa (constitué d’un terminal à conteneurs) et de Tin Can font face à un réel problème de congestion. Les embouteillages peuvent ainsi durer jusqu’à un mois au niveau des voies d’accès portuaire ; ce qui cause des retards dans la livraison des marchandises et fait flamber les frais de transport des conteneurs, à l’intérieur de la ville.

Les embouteillages peuvent ainsi durer jusqu’à un mois au niveau des voies d’accès portuaire ; ce qui cause des retards dans la livraison des marchandises et fait flamber les frais de transport des conteneurs, à l’intérieur de la ville.

D’après les estimations du Conseil nigérian des transporteurs maritimes, le coût de déplacement d’un conteneur du port d’Apapa vers les autres parties de la ville est passé en 2 ans de 150 000 nairas à 700 000 nairas.

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Apada : en moyenne, chaque camion passe deux à six jours dans la queue.

Selon la firme canadienne CPCS, spécialisée en stratégie et analyse des systèmes de transport, 6000 camions porte-conteneurs sur 16 000, qui entrent et sortent chaque jour de Lagos, font la queue au niveau du complexe portuaire de Lagos. En moyenne, chaque camion peut passer deux à six jours dans la queue.

« Les camions doivent passer jusqu’à 10 jours pour faire une distance de moins de 5 km pour entrer dans le port pour décharger ou réceptionner des marchandises »

« La mauvaise praticabilité des voies, couplée au manque de parcs de stationnement et la prolifération des parcs de stockage à Apapa, fait que les camions doivent passer jusqu’à 10 jours pour faire une distance de moins de 5 km pour entrer dans le port pour se décharger ou réceptionner des marchandises », explique pour sa part Augustine Fisher, responsable de la communication Afrique chez l’armateur danois Maersk.

Au-delà de l’impact sur les camionneurs, la congestion portuaire cause un réel manque à gagner pour l’économie. Les embouteillages au niveau du port d’Apapa font perdre chaque année 19 milliards $ au pays, soit 5 % de son PIB.    

Un manque à gagner important pour le secteur agricole 

Si les exportations agricoles ne contribuent qu’à 2 % des expéditions totales contre 80 % pour le secteur pétrolier, le secteur agricole reste critique pour l’économie en fournissant 25 % du PIB.

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Un important manque à gagner et des pertes d’opportunités commerciales considérables.

En 2018, les expéditions agricoles ont généré 302,3 milliards de nairas contre 170,4 milliards de nairas, un an plus tôt. Les principaux produits exportés sont les graines de sésame, la noix de cajou, le cacao et ses produits dérivés qui ont compté pour 69,5 % des exportations en 2018 (210,2 milliards de nairas).

Les embouteillages au niveau du port d’Apapa font perdre chaque année 19 milliards $ au pays, soit 5 % de son PIB.    

Dans un contexte où la sous-exploitation du potentiel agroécologique et les difficultés internes aux différentes filières freinent déjà le plein développement agricole du pays, la congestion portuaire devient un véritable casse-tête pour les exportateurs agricoles. Elle génère en effet un important manque à gagner et entraîne des pertes d’opportunités commerciales considérables.

D’après une étude menée en 2018 par le cabinet PwC, le Nigeria a perdu 10 milliards $ de recettes d’exportations non pétrolières, en raison des congestions au niveau du port. Selon PwC, alors que certains acheteurs impliqués dans les transactions de marchandises affectées par les embouteillages ont refusé le renouvellement des contrats avec les acteurs nigérians, d’autres ont annulé leurs engagements contractuels.

D’après une étude menée en 2018 par le cabinet PwC, le Nigeria a perdu 10 milliards $ de recettes d’exportations non pétrolières, en raison des congestions au niveau du port.

En mars 2019, l’Association nigériane des producteurs de noix de cajou (NCAN) a alerté sur le retard de l’exportation de 50 000 tonnes de la matière première. D’après Tola Fasheru, son président, cette cargaison d’une valeur de 300 millions $ était censée être expédiée depuis janvier. Cette situation a dégradé les perspectives d’exportation de noix de cajou de 260 000 tonnes durant la saison et a écorné l’image de nombreux exportateurs auprès de leurs clients. « Il y a un manque manifeste de synergie entre les opérateurs portuaires et cela affecte les activités de nos membres », a indiqué M. Fasheru.

Au-delà des noix de cajou, les embouteillages conduisent en général à une dégradation de la qualité des produits durant l’acheminement vers les débouchés d’exportation. Le cacao fait partie des produits les plus fragilisés par le stockage dans les conteneurs. Les détériorations qui surviennent en cours de route, comme la reprise d’humidité et le développement de moisissures, peuvent affecter la qualité des fèves et baisser les prix à l’export. Pour les produits agricoles plus périssables, les conditions de transport inadaptées et la détérioration des matières premières rajoutent à la facture des pertes post-récoltes, estimée à 9 milliards $ par an, selon l’Institut fédéral de recherche industrielle (FIIRO). 

Urgence à réformer

D’après de nombreux observateurs, la situation actuelle des embouteillages portuaires au Nigeria pourrait empirer dans les prochaines années, en raison de la croissance économique et démographique attendue. Si le pays comptait moins de 38 millions d’habitants en 1950, il devrait abriter, selon l’ONU, 410 millions de personnes en 2050. Ce niveau devrait faire du pays le troisième le plus peuplé au monde derrière l’Inde et la Chine.

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En 2050, le Nigeria deviendra le 3e pays le plus peuplé au monde derrière l’Inde et la Chine.

Alors que la congestion portuaire est pointée comme le principal point de blocage pour la croissance future du trafic maritime à Lagos, il reste urgent pour le pays de s’y attaquer pour dynamiser son économie. « Etant donné que le Nigeria est une économie en pleine croissance, il est probable que la congestion s’aggrave si rien n’est fait. Une résolution des problèmes de congestion des ports peut faire des merveilles pour l’économie du Nigeria et améliorer la qualité de vie des habitants de Lagos », indique Vivek Sakhrani, expert au cabinet CPCS. « La meilleure solution à la congestion routière est de réparer les voies et de chercher des alternatives pour l’évacuation des cargaisons. Le port a augmenté en efficacité et en capacité, mais les routes d’accès se sont détériorées progressivement depuis leur construction », indique M. Fischer.

« Le port a augmenté en efficacité et en capacité, mais les routes d’accès se sont détériorées progressivement depuis leur construction », indique M. Fischer.

Afin de répondre à cette situation, le gouvernement nigérian a lancé plusieurs projets de ports en eau profonde et de zones franches portuaires. L’un des plus importants est le nouveau port en eau profonde, en cours de construction dans la Lekki Free Trade Zone, une zone franche située à 60 km de Lagos. D’un coût global de 1,65 milliard de dollars, la plateforme, prévue pour devenir le plus grand port maritime du pays, devrait recevoir ses premiers navires, d’ici 2022. A côté de ce projet d’envergure, on peut également citer à Badagry, toujours dans l’Etat de Lagos, la construction d’une zone franche comprenant un nouveau port en eau profonde. 

richard fopa
Author: richard fopa

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