Pour ses anciens coéquipiers au PSG, Ronaldinho reste techniquement le plus fort

Talent hors-norme qui a marqué son époque par son inventivité, sa créativité et son aisance technique, Ronaldinho a conquis comme rarement les cœurs du football mondial. L’artiste brésilien, qui a fêté samedi ses quarante ans, a officiellement quitté les rectangles verts depuis 2018. Mais les souvenirs qu’il nous a laissés, eux, demeurent éternels.

C’est l’histoire d’une empreinte visuelle, singulière, qui a parcouru deux décennies sans laisser personne indifférent. Un sourire toujours sincère, jamais feint, devant lequel tous se sont inclinés. Adversaires, coéquipiers, entraîneurs, spectateurs, voire de rares contempteurs ont tous été – tôt ou tard – subjugués par le talent insolent de Ronaldinho. Parce qu’il semblait inaccessible au commun des mortels, incandescent, fulgurant. Celui-là même réservé aux élus pour ne pas dire génies

Au micro de nos confrères de France Football, les anciens coéquipiers de Ronaldinho au Paris Saint-Germain (2001-2003) racontes les souvenirs qu’ils gardent du Brésilien.

Didier Domi : «Un nouveau geste toutes les semaines»

«Ronaldinho, ce ne sont pas des bons souvenirs, ce sont de très bons souvenirs (il sourit). A chaque entraînement, tu as quelqu’un qui est capable lui seul de faire des gestes que tu n’as jamais vu ! Toutes les semaines, tu as un nouveau geste. Et ce qui est super avec Ronnie, c’est qu’il fait ça sans chambrer. Quand il fait son extérieur-intérieur : la virgule. Et puis ses contrôles de la poitrine… Tout le monde en fait mais lui, c’était élégant. Tout ce qu’il faisait avait une élégance propre à lui. Une élégance brésilienne qu’on ne retrouve plus maintenant. La première fois qu’il est arrivé, je me rappelle juste de sa rencontre avec Nicolas Anelka. Il y avait un certain respect entre les deux. Avec des petits sourires. C’était respectueux et léger. Je me rappelle aussi de la fin d’un entraînement au Parc des Princes. Je ne sais pas combien on était. C’était un exercice entre Ronaldinho et Jay-Jay Okocha où il ne fallait faire que deux-trois touches (sans que le ballon ne touche le sol). C’était du délire : des amortis de la poitrine, le ballon leur collait… C’était exceptionnel. Je voyais deux artistes. L’Afrique d’un côté et le joga bonito de l’autre. C’était vraiment magique parce qu’ils n’ont pas fait deux échanges ! Ils en ont fait une quinzaine voire une vingtaine. J’avais l’impression de voir du cirque tellement ils étaient à l’aise techniquement.»

Eric Rabesandratana : «Techniquement, c’est le plus fort de tous»

«J’ai le souvenir d’un super mec, simple, souriant et très gentil. Il ne parlait pas la langue mais il respirait la joie de vivre. Il est arrivé début 2001 mais il n’était pas qualifié. Il s’entraînait donc avec nous et ça a suffi pour montrer quel joueur il était. Il était jeune mais tu sentais déjà qu’il en avait plein sous la godasse, il était au-dessus. A l’entraînement, en tant que défenseur, même expérimenté, tu savais que t’allais galérer face à lui. Il maniait le ballon comme personne. Pour moi, techniquement, c’est le plus fort de tous. Je n’ai vu personne faire ce qu’il a fait sur un terrain de football. Même si c’est toujours difficile de comparer les joueurs, parce qu’ils n’ont pas le même jeu, pas la même façon de jouer, ce qu’il faisait techniquement, je ne suis pas sûr de l’avoir vu ailleurs. C’était un truc de fou, un joueur extraordinaire. On l’a vu notamment à Marseille (NDLR : 0-3 le 9 mars 2003). C’était la première fois qu’un Parisien se faisait applaudir au Vélodrome. Ça veut tout dire…»

Bernard Mendy : «Mon seul regret, c’est qu’il ne soit pas resté plus longtemps au PSG pour gagner plus de titres»

«C’est un super mec ! Un génie du football. Ce qu’il a fait durant toute sa carrière, et notamment au PSG, c’est exceptionnel ! Humainement, c’est une personne très drôle, très sympa, très respectueuse. Je me suis très bien entendu avec lui et sa famille. Au-delà de ses qualités footballistiques, il a des qualités humaines hors normes. Il se comportait comme une personne normale, il adorait chambrer et se faire chambrer, rire, danser, aller en boîte de nuit aussi, notamment la semaine (rires)… Je me souviens qu’il faisait un tennis-ballon avec Jay-Jay Okocha, ça jouait des fesses, de la poitrine, et on était assis autour en train de les applaudir, c’était énorme ! Deux génies du foot mais pour moi, techniquement parlant, Okocha était meilleur que Ronaldinho. On les a eus à la même période et les deux pouvaient débloquer une situation à eux seuls. Quand Ronnie était bien dans son corps, affuté et qu’il décidait de gagner un match, il le faisait ! Je me rappelle de ce fameux match contre Marseille où il avait gagné le match à lui tout seul (NDLR, OM 0-3 PSG le 9 mars 2003) et je me souviens de Luis Fernandez qui dansait au Vélodrome (rires). Que de bons souvenirs ! Il était promis à une grande carrière car il avait le talent pour et il l’a prouvé à maintes reprises. Il a remporté le Ballon d’Or (2005) à Barcelone où il a fait une très grande saison (NDLR, doublé Supercoupe et Championnat d’Espagne). Le seul problème, c’était son hygiène de vie. Sinon, comme tous les Brésiliens, il avait cette joie de vivre ! Il aimait danser dans le vestiaire et faire des blagues. Il était très chambreur, moi je suis chambreur mais lui était pas mal ! Je ne voyais pas de méchanceté en lui. Même quand on lui faisait des tacles assassins, il disait que ça faisait partie du foot et ce n’est pas pour autant qu’il faisait la misère aux autres. Il était apprécié par les supporters car il arrivait à faire la différence. De le savoir en prison pour faux passeport et blanchiment d’argent, ça m’attriste si c’est réellement vrai ! Il faut mettre en évidence la présomption d’innocence, je ne sais pas si ses avocats ont fait le nécessaire. En tout cas, ça m’attriste car c’est quelqu’un que j’apprécie ! Ça fait toujours mal de voir une icône et une personne que j’ai côtoyée être dans cette situation. Mon seul regret, c’est qu’il ne soit pas resté plus longtemps au Paris Saint-Germain pour pouvoir gagner plus de titres. Il a fait quand même le bonheur du PSG et des supporters et il restera quoi qu’il arrive un Rouge et Bleu à vie.»

Lionel Potillon : «Des jongles avec une boîte de straps»

«Ce qui me reste, c’est sa joie de vivre, il était tout le temps heureux, joyeux, il aimait ce qu’il faisait. Mais aussi sa qualité : il était capable de faire des choses incroyables, que ce soit en match ou à l’entraînement. Pendant deux ans, je me suis régalé à ses côtés. Dès les premières séances, je me suis très vite rendu compte que c’était exceptionnel. Lors des oppositions, il ne venait pas trop (face à moi) (Il sourit). J’étais parfois un petit peu rugueux. Ce qui me revient, c’est ce qu’il faisait dans le vestiaire avant de sortir pour l’échauffement : souvent, il prenait ce qui lui tombait sous la main, que ce soit une boîte de straps, une balle de golf, une balle de tennis et il jonglait pour passer le temps. Et je n’étais pas capable de faire ce qu’il faisait. Il était phénoménal. Je me rappelle aussi d’un match de Coupe Intertoto. La veille, lors d’un entraînement, il avait défié un gardien en lui disant : « Je vais te tirer dix coups francs, si j’en mets huit, je gagne, si j’en mets sept, tu gagnes. » Il en avait mis huit, avec une transversale. C’était Ronnie quoi. J’ai eu la chance, ensuite, de le voir encore à l’oeuvre en Espagne parce que ça correspondait à l’année où, moi aussi, je suis allé jouer là-bas (NDLR : A la Real Sociedad). Et il a complètement explosé à Barcelone, il a fait des matches incroyables, il a mis des buts incroyables. Il était vraiment à l’apogée de son art.»

Gervais TATSA

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