La criminalité infectée par le coronavirus

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Le coronavirus contamine aussi la criminalité. A Bruxelles, le flux des affaires entrantes soumises à l’instruction (les faits le plus graves) renseigne une baisse de 15 à 20 détenus par jours à deux ou trois. Le travail des juges d’instruction, lui aussi, est entré en sourdine, même si les affaires urgentes continuent d’être traitées.

Les auditions se passent, au parquet de Bruxelles, dans des salles de réunion. Des bureaux ont été écartés. Des auditions se produisent sous la protection de vitres. « Nous avons rappelé les règles de distanciation sociale. Sur un effectif de 450 personnes, 70 à 80 sont présentes en permanence pour assurer la continuité », souligne Jean-Marc Meilleur, le procureur du Roi de Bruxelles. Les quelques détenus déférés doivent être transférés vers les cabinets d’instruction, non plus par les ascenseurs (où la distanciation sociale est impraticable), mais par les escaliers

La juge d’instruction Anne Gruwez constate que les crimes d’avant la crise baissent, comme les atteintes aux biens « parce que la police est plus présente dans la rue. Elle relève aussi que les normes Covid-19 l’ont inclinée à priver de liberté deux personnes qui s’en étaient prises à des policiers, leur crachant dessus. Le crachat, autrefois banal, ne peut plus survenir en rue. « Les gens ne peuvent même plus cracher leur désespoir sur la voie publique », dit-elle, constatant par la signification de cette infraction « glaireuse », une nouvelle dimension incriminatoire justifiée par la crise sanitaire.

Le juge d’instruction Michel Claise, spécialisé en matières financières, constate lui aussi une baisse des affaires entrantes. « J’ai eu deux dossiers, mais rien de spectaculaire », dit-il. Il a reçu un masque de protection qui le figure dans la même configuration de protection que les détenus qui lui sont amenés masqués. La crise sanitaire l’a entraîné à accorder une mainlevée du mandat d’arrêt délivré à deux inculpés. Mais les enquêtes demeurent désormais handicapées par la focalisation des polices sur le coronavirus et le confinement des experts habituels.

Sarah Pollet, substitut du procureur du Roi à Arlon, confirme la tendance baissière de la criminalité. « Il y a plus de policiers sur le terrain. Les gens sont confinés à domicile, ce qui réduit considérablement les vols dans les habitations. Il en va de même pour les vols (ou vols-béliers) dans les commerces, ceux-ci étant fermés. »

Les craintes d’une hausse des violences intrafamiales (conjugales ou contre des enfants) appréhendées ne sont pas confirmées par des chiffres qui ne peuvent être établis en ce début de crise. A Bruxelles, la tendance haussière n’est pas confirmée. Sarah Pollet, du parquet du Luxembourg, souligne l’existence, pour l’heure, d’un « chiffre noir ». « Nous sommes en ce moment privés de nos canaux d’information privilégiés que sont par exemple les écoles ou les centres PMS. Mais le risque existe de se retrouver en présence permanente d’un époux ou d’un parent alcoolisé, qui augmente les risques de maltraitance. »

« Nos yeux et nos oreilles »

Un magistrat de la vour d’appel de Bruxelles abonde en ce sens : « Les services sociaux habituels qui sont nos yeux et nos oreilles en matière de violences intrafamiliales sont en sourdine. Les enquêtes scolaires ne peuvent plus être exécutées. Mais on peut quand même constater que les centres d’appel pour femmes ou enfants battus ont connu des accroissements jusqu’à 50 %. »

A Bruxelles, le parquet a eu l’initiative de demander aux polices de « screener » les cas de violences intrafamiliales constatés au cours des derniers mois afin de s’assurer que les conjoints ou enfants victimes ne sont pas à nouveau les proies de leurs tourmenteurs, étant placés avec eux en confinement.

Vincent Macq, le procureur du Roi de Namur, soulève une autre difficulté dans l’estimation actuelle de la violence intrafamiliale : « Les victimes confinées ont plus de mal à se signaler. » Rien n’est exclu : le confinement peut tout autant resserrer les liens soudés par la crainte du lendemain. Mais, comme Vincent Macq le dit, les ravages éventuels ne se mesureront qu’à raison de la reprise de la vie sociale : « Quand les portes et les fenêtres vont s’ouvrir, je crains le pire. »

La lutte contre la criminalité ordinaire se poursuit toutefois. Comme le relève François Farcy, patron de la police judiciaire de Mons, s’il y a moins de « criminalité visible », les contrôles de police renforcés permettent d’intercepter des trafiquants de drogue sur les routes désertées. « Et puis », souligne-t-il, « il y a une réorientation vers la cybercriminalité liée à la crise du coronavirus, dont les escroqueries, les ventes de masques, etc. »

richard fopa
Author: richard fopa

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