Coronavirus : la chute de la production mondiale vue de l’espace

Pour saisir l’ampleur et la dynamique de ce qui s’avère déjà la plus grande crise industrielle du siècle, « Les Echos » lancent « l’indice de la reprise Kayrros-EY Consulting », qui permet le suivi hebdomadaire de l’activité de l’industrie des principales zones économiques de la planète – la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Inde. Grâce aux images des satellites.

On pensait ce genre d’images réservées aux militaires désireux de savoir ce qui se passe exactement de l’autre côté du rideau de fer, aux espions jetés dans des opérations spéciales dans les théâtres les plus dangereux ou aux scientifiques d’élite disposant de tous les moyens. Raté : les captations satellites peuvent désormais faire partie du quotidien des entreprises.

Pour saisir l’ampleur et la dynamique de ce qui s’avère déjà la plus grande crise industrielle du siècle, « Les Echos » lancent « l’indice de la reprise Kayrros-EY Consulting », qui permet le suivi hebdomadaire de l’activité de l’industrie des principales zones économiques de la planète – la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Inde.

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Temps quasi réel

Cet indice repose sur les données récoltées et analysées par Kayrros, un spécialiste français de la « data » industrielle, versé à la base dans le monde pétrolier mais qui élargit son terrain de jeu à la faveur de la pandémie. En traçant au mètre près les niveaux d’activités de l’industrie lourde (acier, la production d’électricité, pétrole et ciment) des zones choisies (Chine, Etats-Unis, Europe, Inde), on parvient à un indice robuste permettant de comparer la situation quasiment en temps réel des uns et des autres. En amont, même, puisque ces secteurs clés se trouvent au démarrage de la grande chaîne industrielle.

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« L’idée, c’est de disposer d’un indice de la vitesse de redémarrage de l’industrie lourde, avec des informations qui ne sont pas retenues ou filtrées par les Etats ou les entreprises. Les données que nous avons sont fiables, et en avance de phase », affirme Bertrand Baret, associé d’EY Consulting.

Calendriers déphasés

Le résultat ? Depuis début janvier, l’activité de l’industrie mondiale chute – de 30 % jusqu’à présent. L’indice a connu un plateau dans la seconde moitié du mois de mars, quand la Chine commençait à déconfiner et quand l’Europe n’avait pas encore tiré le rideau, avant de s’enfoncer à nouveau durant tout le mois d’avril. La bascule des Etats-Unis dans la crise, sans doute.

La Chine n’est toujours pas remise du confinement

« Même si la Chine reprend, cela ne suffit pas à tirer le système : la demande mondiale est en berne », constate Antoine Rostand, président et fondateur de Kayrros. « Le déphasage des calendriers de confinement entraîne tout le monde vers le bas », précise Bertrand Baret. Le fait que l’acier continue de plonger n’incite personne à l’optimisme. Les tenants de la « reprise en V » en seront pour leur frais…

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Dans le détail, on s’aperçoit logiquement que la situation diffère selon les zones étudiées et du calendrier de dissémination du coronavirus. La Chine, par exemple, a connu un point bas début mars, avec un indice 45 % inférieur à début janvier. Puis l’atelier du monde a rebondi, retrouvant des couleurs jusqu’à début avril. Mais depuis, le niveau stagne à environ à -20 %. Le ciment a presque retrouvé son niveau initial, mais l’acier connaît une rechute.

Où s’arrêtera la chute de l’Europe ?

Sur le Vieux Continent, la tendance était légèrement baissière jusqu’à fin février avant de glisser en avril et jusqu’à aujourd’hui. Ces derniers jours, l’Union européenne se situe aux environs de -25, et la courbe ne semble pas s’infléchir. L’acier est en grande souffrance et le ciment semble le rejoindre sur cette courbe.

Aux Etats-Unis, les affres ont commencé véritablement vers la mi-avril, à constater la dégringolade de l’acier made in USA. Mais ce n’est pas (encore ?) la Bérézina, l’indice ayant perdu moins de 20 % à l’heure actuelle. Enfin, l’Inde vit une grave crise, attestée par Kayrros. Au pays de Gandhi, tous les indicateurs sont à la baisse et le niveau d’activité est inférieur de moitié à ce qu’il était début janvier. « C’est assez inquiétant », juge Patrick Pudduy, un autre partner d’EY Consulting.

Pour construire l’indice de la reprise EY Consulting-Kayrros, « nous utilisons un outil européen incroyable, la constellation Copernic et ses satellites Sentinelles, qui nous permettent de détecter les fumées, les températures ou les émissions de gaz à effet de serre sur les sites industriels du monde entier à intervalle de trois jours ou une semaine », détaille Antoine Rostand, fondateur de cettegrosse start-up créée en 2015 disposant d’investisseurs prestigieux.Ces images, couplées avec des données mobiles anonymes et des captations radar, donnent une vision quasi en temps réel de la situation d’un haut-fourneau ou d’un réservoir de pétrole, et donc d’apprécier, après quelques calculs, le degré d’activité d’un site, d’un pays ou d’un secteur. Notre indice est pondéré en fonction de l’importance des secteurs d’activité et du poids de chaque pays, et dispose d’une base 100 à la date du 6 janvier 2020. « Nous avons eu cette idée il y a quatre semaines pour aider nos clients à piloter leur reprise et à gérer leur supply-chain », explique Bertrand Baret, chez EY.

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Gervais TATSA

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